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Un Jour, Une Musique.

Le Chef-d'œuvre d'un primitif.

14 Mai 2017 , Rédigé par Léonard Sanchez Publié dans #Classique - Baroque - Romantique

« Cela n'a ni sens, ni couleur, ni forme, ni contour, on peut dire ni queue ni tête. Volontairement pas de plan, pas de conduite, des notes inscrites successivement et comme elles venaient, au cours d'une improvisation, sans aucune idée d'ensemble ou de cohésion. Ce sont là, non pas même des ébauches, mais des divagations bizarres, qu'aucun musicien digne de ce nom n'oserait livrer au public »

Arthur Pougin (savant musicologue)

Modeste Moussorgski (1839-1881)

Titre : Tableaux d'une exposition / Byldo

Compositeur : Modeste Moussorgski

Genre : Musique Classique

Origine : Saint-Petersbourg (Russie)

Pourquoi ce compositeur ?

"Primitif" était l'adjectif donné par quelques uns de ses pairs malveillants pour définir l'homme que je vous présente aujourd'hui. Un homme qui vécu une vie de misère, au côté de l'alcool, des armes et de la musique. Modeste Moussorgski n'était pas un compositeur comme les autres, pour certains même, il n'était pas compositeur du tout et était doté d'une technique défaillante en plus d'avoir un comportement mondains des plus regrettables et une obsession pour les personnes charismatiques et l'alcool qui faisait du bonhomme un être particulièrement impulsif et fragile. Mais alors ? Que peut bien receler une âme aussi déboussolée ? Que peut bien nous offrir la déchéance d'un homme méprisé par la plupart ?

Moussorgski compose ses premières pièces pour piano et des mélodies, encore influencé par Robert Schumann. Il quitte l'armée pour se consacrer à la musique (1859). Il se joint à Cui, Balakirev, Alexandre Borodine et Nikolaï Rimski-Korsakov pour former, sous la férule de Stassov, le Groupe des Cinq, opposé aux tendances occidentales du conservatoire officiel. Il acquiert sa technique de compositeur auprès de Balakirev, stimulé par l'objectif commun d'une « vraie » musique russe. Il prend cependant vite conscience que le modèle préconisé par ses camarades est une création hybride, greffant des éléments russes tirés du folklore sur les méthodes et les formules occidentales — au mieux, une réalisation pittoresque visant à la couleur locale. Il donne un but plus direct à son art : la vie même. 

Pourquoi cette musique ?

Tableaux d'une exposition (entier ici) est à l'origine une pièce écrite pour un seul piano (dont je parlerais d'ici quelques mois) joué maintenant par les plus grands. Mais elle fut sortie de l'ombre par Nikolaï Rimski-Korsakov et l'orchestration de Maurice Ravel qui multiplia les tessitures pour donner à l'oeuvre un caractère beaucoup plus coloré (et plus lisse) comme en témoigne les multiples solos de cuivre tel que le tuba sur Byldo, le passage que je vous présente aujourd'hui.

Tableaux d'exposition est une oeuvre unique. Elle retrace musicalement plusieurs tableaux de l'artiste et architecte Viktor Hartmann et est donc logiquement dénué de cohésion comme pouvais l'être les pièces de l'époque. En réalité, cette oeuvre est très avant-gardiste et sort des codes classique de la composition et reste même aujourd'hui un cas unique, personne n'y avait pensé avant, et personne n'y pense non plus aujourd'hui. Modeste Moussorgski nous livre une oeuvre unique dont le final majestueux conclu en apothéose tout l'amour qu'avait cet homme pour la vie. Et au diable les critiques, de son oeuvre et de sa vie. Ce primitif restera dans l'histoire contrairement au milliers de bourgeois qui le méprisaient.

Pourquoi aujourd'hui ?

J'ai eu la chance de voir cette composition de mes propres yeux et de l'entendre de mes propres oreilles au festival de pâque le mois dernier, sous la direction du très énergique Gianandrea Noseda et son Filarmonica Teatro Regio Torino qui me donna la chair de poule tout au long de l'exécution et notamment sur Byldo (et le final...)

Que la musique soit avec vous, chaque jour !

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